Comme sujet d'un premier article, j'ai choisi de vous parler d'appâtage pour la chasse au cerf de Virginie.
Premièrement, je tiens à vous préciser que je ne suis pas personnellement opposé à cette technique et que j'utilise l'appâtage depuis plusieurs saisons, combinée avec d'autres méthodes.
Cependant, avec l'augmentation de la pression de chasse des dernières années, et aussi la préoccupation grandissante des aménagistes de la faune pour la prévention de l'introduction au Québec de la Maladie Débilitante du Cerf, je pense qu'il est peut-être temps d'y réfléchir un peu.
Ma réflexion a été alimentée par une présentation préparée par le Service de la Biodiversité, et des Maladies de la Faune du MRNF à laquelle j'ai eu la chance d'assister, dans le cadre de la préparation du plan de gestion du cerf de Virginie 2010-2017, et aussi par un article paru dans le Field & Stream.
L'auteur a choisi de ne pas baser son argumentaire sur le sujet délicat de l'éthique, puisque cela conduit toujours à d'interminables disputes. Il affirme pourtant que l'appâtage est un sujet de discorde entre les chasseurs, 28 états Américains l'interdisent complètement, pendant que 22 autres le permettent, (dont huit avec des restrictions significatives). Il considère que nous devrions tous nous unir contre l'appâtage, parce que les chasseurs, la chasse et les cerfs en sortiraient tous gagnants.
Voici ses arguments: Les sept paragraphes suivants ne représentent pas mon opinion personnelle, mais sont la meilleure traduction que j'ai pu faire, vu ma connaissance limitée de la langue anglaise. Je crois cependant avoir saisi l'essentiel du texte de Scott Bestul, Field &Stream Avril 2009.
1. Nous verrions plus de cerfs durant les heures de clarté.
Les cerfs associent rapidement les dépôts d'appâts aux humains, et lorsqu'ils constatent la présence de l'homme, ils attendent la noirceur pour aller se nourrir. Des études réalisées au Texas, au Michigan et au Mississipi ont toutes démontré que les présences des mâles sur des sites appâtés pendant les heures de clarté se font rares. Les cerfs ont déjà une tendance à restreindre leurs activités diurnes, n'empirons pas les choses.
2. Sans appâtage, les cerfs seraient plus actifs.
Les cerfs doivent se déplacer pour trouver leur nourriture, les appâts non seulement réduisent les déplacemenst nécessaires, et en plus de rendre les mâles plus nocturne, les rend aussi plus paresseux.
3. Des cerfs en meilleure santé.
Les chercheurs ont prouvé la relation entre l'appâtage, et la présence de tuberculose bovine chez les cervidés. La relation est moins évidente pour la MDC, mais peu de biologistes considèrent que de rassembler les cerfs autour d'une source concentrée de nourriture est une bonne chose. De plus, l'appâtage des cerfs en dehors des milieux agricoles, peut les rendre malades s'ils mangent de trop grandes quantités de céréales. Cette maladie s'appelle acidose lactique, et peut tuer un cerf.
4. Assure une meilleure gestion.
Une concentration de cerfs, qui devront nécessairement compléter leur alimentation à partir de la végétation naturelle, pourrait provoquer un sur-broutage, nocif à la diversité arbustive et à la régénération forestière. Nous nous présentons au public comme <>. Le sommes-nous vraiment?
5. Moins de chicanes entre voisins.
Lorsqu'un chasseur décide d'appâter en grande quantité, les voisins se sentent obligés de suivre, bientôt une activité qui paraissait superficielle, devient très compétitive. |
En 1984, seulement 29% des chasseurs du Michigan disaient avoir recours à l'appâtage. Seulement 9 ans plus tard, 56% avaient adopté la pratique, et plus de 1 sur 5 déclaraient que l'appâtage était nécessaire pour compétitionner avec les autres chasseurs. Un chercheur du département des ressources naturelles du Wisconsin, Mark Toso, estime que les chasseurs déposent au sol pendant la seule saison à l'arme à feu, 4.5 millions de livres de maïs par jour, assez pour nourrir le cheptel de 1.8 millions de cerfs de l'État en entier. L'appâtage est particulièrement troublant lorsque pratiqué sur des terres publiques, quand le chasseur qui appâte, réclame l'exclusivité d'une grande superficie de territoire autour de son site d'appâtage. Cette pratique est la cause de nombreuses confrontations entre chasseurs, et gâche le plaisirs de tous ceux qui y sont mêlé.
6. Meilleure image publique.
Des sondages ont démontré qu'aux Etats-Unis, la majorité des non chasseurs supportent la tradition de la chasse, tant que l'esprit sportif et l'éthique sont respectés. Imaginez-vous, si entre chasseurs l'appâtage est controversée quant à son acceptation éthique, ce qu'en pense le grand public. Ne vous y trompez pas, l'opinion publique a une grande importance sur l'avenir de la chasse.
7. Le succès de chasse serait maintenu.
Les partisans de l'appâtage diront que leur chance de récolter serait grandement réduite, mais seulement une étude réalisée au Texas, supporte cette théorie. D'autres recherches révèlent un succès équivalent, ou presque. L'automne dernier, les chasseurs du Michigan, malgré leurs plaintes à l'effet que l'interdiction d'appâtage, allait ruiner leur récolte, ont prélevé un nombre de cerfs se rapprochant de celui de l'année précédente. Mais supposons que notre taux de succès soit quelque peu réduit, et puis après, si les autres effets sont que notre cheptel est en meilleure santé, que nous sommes moins divisés, et que la chasse est plus satisfaisante, le jeux n'en vaut-il pas la chandelle?
Même si le texte est basé sur l'expérience de chasseurs américains, avouons que certaines situations décrites nous paraissent familières, et très semblables aux opinions qu'émettent plusieurs chasseurs québécois. Les arguments de M. Bestul peuvent-ils fournir une explication aux chasseurs québécois sur leur insuccès malgré une abondance relative des cerfs qui disparaissent littéralement du paysage après les premières journées de chasse de la saison à l'arme à feu, pour réapparaître quelques semaines plus tard?
Pour ma part, les arguments de M.Bestul, sans me convaincre que toute forme d'appâtage devrait être interdite sur le territoire québécois, j'avoue qu'ils m'ont porté à réfléchir et m'ont conforté dans l'opinion que je m'étais faite sur l'appâtage, et la pratique que j'ai adoptée depuis quelques années. Je pratique l'appâtage avec du maïs en quantité limitée, quelques livres à la fois déposé à la volée sur quelques sites aux deux jours. Le maïs étant déjà très présent dans le milieu agricole où je chasse. Avec cette façon de faire, je suis assuré qu'ils ne peuvent pas se gaver sur mes sites d'appâtage qu'ils doivent continuer de s'alimenter de façon naturelle par leur propres moyens, mais que j'améliore sans doute l'achalandage des femelles et faons, sur mon petit territoire de chasse. Je compte sur cet achalandage de femelles pour attirer quelques mâles parmi lesquels je tente de sélectionner un individu d'au moins 2 ans et ½.
Bonne réflexion et surtout bonne chasse.
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