Peu abordée à ce jour dans la littérature spécialisée, cet article vous expose une technique de chasse inusitée: l'ours au ''call''. Dans les 5 dernières années, cette technique a permis à l'auteur de récolter trois mâles matures, pesant 300 livres et plus. Voyons-y de plus près.
Au fil de mes chasses à l'ours, tenues de nombreuses années, je me suis aperçu que les mâles matures sont des plus réticents à fréquenter les sites appâtés durant les heures légales de chasse. Ils deviennent plutôt nocturnes, offrant peu de chance aux chasseurs de trophée de les prélever. N'étant pas friand de ''gadgets'' et d'équipement à n'en plus finir, je me suis questionné sur les possibilités de récolte que pourrait offrir le ''call'' de l'ours. Je me suis donc mis à pratiquer les appels de mâles matures, uniquement avec mes mains en guise de porte-voix : que demander de mieux ? Toutefois, avant de le faire, il fallait bien savoir comment exécuter de tels ''calls''.
Je demandai donc à un ami de longue date qui disposait déjà d'une imitation de ''call'' à l'ours et d'extraits vidéos de me reproduire la panoplie de sons disponibles sur son instrument. Après les avoir écoutés et mémorisés un à un, je décidai de n'en pratiquer qu'un seul: celui du mâle dominant et agressif. Pourquoi ? Tel qu'indiqué ci-dessus, le défi que je tente de relever est de récolter des gros mâles matures, alors pourquoi ne pas m'y consacrer exclusivement et y mettre le gros de mes énergies ? A n'en pas douter, le ''call'' que je retins n'attirerait certainement pas les femelles et les oursons. Je préfère plutôt laisser ces derniers aux autres chasseurs.
L'hiver durant, je me suis énormément pratiqué, maîtrisant de mieux en mieux les appels. De douces sensations de plénitude m'envahissaient, alors que la ressemblance des sons que j'émettais se rapprochait de plus en plus de la réalité. J'appréciais fortement mes progrès et l'arrivée prochaine du printemps me permettait d'anticiper les plus grands espoirs. Toutefois, avant de chasser les mâles matures, il faut au préalable savoir les provoquer et les faire venir à nous.
Techniquement, qu'en est-il ?
Premièrement, comme pour toutes les chasses au gros gibier, la prospection préalable du territoire s'avère ici essentielle. L'identification d'indices laissés par les ours sur le terrain est capitale avant de penser installer votre mirador et de commencer à appâter. L'un de mes trucs est alors de prospecter les abords de cours d'eau, sachant que les ours se complaisent à remonter les rivières et ruisseaux au printemps pour se nourrir de carcasses d'animaux morts durant l'hiver. Les ours reviennent en de tels endroits d'année en année, et souvent de plus en plus tôt au printemps, se remémorant qu'ils y ont trouvé de la nourriture les années antérieures. Le principe à retenir ici est le même que pour une saline d'orignal: elle est souvent meilleure au fil des ans. Il en va donc de même du ratissage des abords de cours d'eau par les ours. Lors de votre prospection, vous apercevrez très souvent des traces de griffes sur l'écorce des arbres, lesquelles y ont été laissées par les ours durant la période des amours. La présence de tels indices traduit donc un bon potentiel de fréquentation du territoire et vous pourrez ainsi penser débuter votre chasse à proximité de tels endroits.
Deuxièmement, il vous faudra trouver un bon couvert forestier, pas trop éloigné d'un bûcher, d'un minimum 75 mètres de diamètre. Une telle surface permet ainsi la réalisation d'une bonne mise en scène. Idéalement, vous localiser en plein centre d'un tel bûcher ne sera encore que plus favorable. Pour bien déjouer le gibier, conservez à l'esprit que dans la mesure du possible les arbres devraient être d'une hauteur d'environ 2 mètres. Votre cache ainsi que vos appâts devraient être assez rapprochés d'un cours d'eau et les appâts disposés à quelque 20 mètres de votre site d'affût. La façon dont vous disposerez les appâts au sol n'a pas d'importance car l'ours les trouvera aisément. Avec un tel scénario, tous les éléments seront réunis pour faire venir votre ours sur le ''call''.
Troisièmement: l'appâtage des sites de chasse. Comme appâts, j'utilise soit de la graisse de friture, des résidus de boucherie, des beignes, de la mélasse, etc. La première fois que j'approvisionne un site destiné aux ours, je cherche à capter leur intérêt par l'odorat. Je commence par suspendre aux arbres à une hauteur de ± 1 ½ mètre une poche de moulée pour ruminants que je me procure auprès d'une coopérative agricole. Subséquemment, lorsque mes sites d'appâtage seront visités, je place alors les appâts dans une chaudière ou un baril de 45 gallons en prenant soin de bien l'attacher à un arbre de bonne dimension pour ne pas que les gibier convoité se sauve avec. Pour identifier mes visiteurs et vérifier si un gros mâle se présente aux appâts, j'installe une caméra de surveillance dans un arbre à proximité et suffisamment haut pour lui donner un angle d'environ 20 degrés par rapport à l'horizon. Procéder de la sorte évite un tant soit peu que les ours n'arrachent, brisent ou même ne volent ma caméra. |
D'autre part, j'utilise également un couvercle de chaudière que je fixe au bas d'un arbre, et que j'enduis de mélasse. En le mâchouillant, les ours laisseront des traces de leurs machoires, lesquelles me permettront de savoir s'il s'agît ou non de gros spécimens. Finalement, il est toujours approprié de nettoyer et ratteler le sol jusqu'à la terre chaque fois que je quitte mon ou mes sites d'appâtage, ce qui me permettra de visualiser la nature et la grosseur des pistes de mes éventuels visiteurs.
Lorsque j'ai fini de renouveller mes appâts, il est important de faire quelques ''calls'' avant de quitter les lieux. Il va sans dire qu'il serait donc totalement inopportun de me rendre à mes sites appâtés en véhicule tout terrain, au risque d'éveiller la méfiance des ours se tenant dans les parages, lesquels pourraient associer mes propres ''calls'' au son du vtt. Je vous conseille de toujours appâter un minimum de 10 jours avant la chasse en vue d'attirer le plus d'ours possible.
Retenez que la date d'ouverture de la chasse à l'ours ne constitue pas la meilleure période pour amorcer cette technique de chasse car il est trop tôt pour réaliser l'appel. La période idéale se situe aux alentours du 6 juin alors que la saison des amours bat son plein.
Lorsque la fréquentation de mes sites appâtés m'est confirmée, je peux alors débuter mes séances d'appel à compter de la seconde semaine de juin. Il s'avère important que mes ''call'' soient effectués au sol, comme pour la chasse fine à l'orignal. La méthode que j'emploie se déroule comme suit: a) avant de commencer à ''caller'', je me place toujours vent de face ou de côté, à quelque 100 mètres du site appâté; b) j'observe si les ours sont déjà passés et s'ils sont susceptibles de s'y trouver encore. Je cherche donc à éviter qu'ils n'arrivent quand j'ai le dos tourné; c) les appels ne sont jamais réalisés avant 18 H 00, question de les rendre plus efficaces à la tombée du vent; d) le premier soir de chasse, j'émets jusqu'à la noirceur des sons de mâle à toutes les 5 minutes, et toujours deux ''calls'' de suite. Si je n'obtiens pas de réponse, je reste tout de même aux aguets sans me décourager car il se peut fort bien que cela prenne quelques jours avant que l'ours ne daigne me répondre. Normalement, lorsqu'il me répond, il le fait par le même type de son que celui que j'ai émis, mais toutefois sans se déplacer; e) si je répète mes ''calls'' plus souvent, l'ours va normalement me répondre plus fréquemment. Par contre, si j'avance tranquillement vers lui, il en fera de même vers moi. Il est toutefois fort important de ne pas foncer dessus, au risque qu'il ne soit effrayé et qu'il s'enfuie. En appliquant cette technique, il est fréquent que d'autres ours répondent de plus loin, ce qui s'avère exhaltant, attisant davantage nos espoirs de récolte.
''Caller'' l'ours ne nous oblige pas à rester immobiles à notre site d'affût. Au contraire, nous pouvons nous déplacer, mais il faut alors le faire de côté, tout en restant à bon vent et à une distance minimale de 30 mètres du site appâté, afin d'éviter qu'il ne nous sente. En appliquant ce qui précède, il est commun que l'ours nous réponde jusqu'à ce que la noirceur s'installe. La deuxième journée de chasse, je refais le même scénario, de la même place, pour tenter de le déjouer à nouveau. Normalement, il ne sera pas très loin et répétera les mêmes gestes que la veille. Ces étapes sont reproduites systématiquement les jours suivants.
Même si l'ours s'avère être curieux, il cherchera à protéger ses appâts ainsi que son clan de femelles. Ne sachant à qui il a affaire, vous pourrez le voir déambuler et s'approcher dans l'un de ses sentiers, cherchant à savoir pourquoi son rival ne daigne se présenter à lui, et ce sans qu'il ne porte attention aux appâts. Nous l'observons faire de fréquents arrêts et monter sur ses deux pattes arrières pour vérifier si son adversaire est bien là. Voilà donc la chance d'abattre un gros mâle dominant.
A défaut de le récolter, je me rends à ma cache en fin d'après-midi avec un compagnon pour surveiller si l' ours qui m'a répondu y reviendra le soir venu. Le fait d'être deux permet de surveiller de tous les côtés, et surtout de localiser d'où il a répondu aux appels qui lui furent adressés. Bien installés dans la cache, il est important de ne rien faire, car si nous ''callons'', il risque de répondre de plus loin, compromettant ainsi les possibilités de le voir au site d'affût. Il s'avère donc préférable qu'il se présente de lui-même aux appâts.
Finalement, si vous êtes dans votre cache et que l'ours ne se présente pas, recommencez le même scénario les jours suivants, mais à deux chasseurs. Le ''calleur'' retourne alors à son poste d'affût tandis que l'autre se postera dans la cache au moins une heure avant l'arrivée normale de Martin. Lorsque ce dernier entendra les appels de son rival, il cherchera normalement à s'en approcher, offrant ainsi une possibilité de récolte au second chasseur. Chasser les ours dominants d'un secteur donnée offre son lot de sensations fortes, croyez-moi !
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