En route vers la réserve faunique de Mastigouche, mon équipe, deux accompagnateurs et moi-même sommes fébriles ne serait-ce qu'à l'idée d'apercevoir un vrai, un mâle digne de ce nom. L'entente est claire et unanime, tout le monde accepte de laisser passé les jeunes mâles pour prélever un dominant digne de ce nom et qui saurait nous faire rêver. Le critère est simple : un mâle avec de belles palettes d'une quarantaine de pouce est ok ! Aucune réprimande, seul le bon jugement des membres du groupe est mis à profit. Il va de soit qu'en cours de route, les critères de sélection sont révisables et ce au quotidien. On arrive à l'enregistrement à la réserve après plus de 50000 scénarios qui émanent de parts et d'autres pendant les 4 heures de routes de trajet qui sépare notre patelin du paradis. Nous somme le 4e groupe et depuis plus de 3 saisons, aucun groupe en quatrième période n'a récolté de bête dans cette zone. Le défis s'en voit rehaussé. Rapidement, notre tour vient au poste d'accueil et nous pouvons entrer dans celui-ci. Une équipe de garde-chasse révise les lois avec nous en guise de prévention contre le double abattage.
Sur un mur, une carte globale des récoltes par zones s'échelonnant sur plusieurs années fait prestance. Chaque couleur d'icône représente une année, chaque icône est placée sur la carte à l'endroit où a eu lieu une récolte pendant ces périodes. Pendant ma brève observation de cette carte, j'enregistre dans mon cpu les endroits de récolte qui sont par ma fois, tous concentrés dans le même secteur de la zone de chasse que nous avons. Cette observation confirme ma stratégie et mon choix d'emplacement de chasse...C'est à dire d'éviter ce secteur et de me concentrer dans les autres secteurs à haut potentiel. Après tout, ce n'est pas pour rien que les quatrièmes groupes ne récolte pas !
Rendu au campement, là c'est vrai, tout le monde s'active, on a tous hâte, sans droit de chasse avant demain, on se dépêche d'aller visiter une partie de la zone tandis qu'il fait encore claire. Séparé en deux groupes, on va, dans la plus haute confiance, tenter de trouver un << spot >> d'enfer... Le temps passe trop vite et rapidement l'on doit rentrer au campement suite à la tombée de la nuit. Christian, Claudia et moi avons été visité l'un des secteurs que j'avais repérés sur la carte. Dans les faits, Christian trouvait lui aussi que ce secteur semblait prometteur. Pendant cette brève promenade, on a eu la chance d'observer une belle femelle. L'autre équipe avait quant à eux eu aussi la chance d'observer une femelle dans leur secteur.
Le plan d'attaque est simple, Le matin venu, les deux même équipes iraient dans les deux même secteurs. Comme d'habitude, il pleut en ce premier matin. Ce n'est pas une petite pluie qui nous fera rester au camp ! En camionnette, nous arrivons à quelques pas de l'endroit ou nous avons pu observer la femelle la veille. Christian suggère que nous continuions à pieds ce que j'acquiesça sur-le-champ. Claudia demeure dans le camion pendant que Christian et moi avançons côte à côte, Christian à gauche de moi. Le bûcher, situé à notre gauche est caché par une digue de bûcherons perpendiculaire au chemin dans lequel nous progressons. Lorsque nous franchissons la digue, je tape sur l'épaule de Christian. Un jeune mâle de 2.5 ans est à environ 250-300 pieds de nous. Pour mon oeil, il ne semble pas avoir un panache imposant mais Christian l'a mis en joue. Il me fait signe qu'il a des bois sur un air de : "je le tire t'y ?". Avec notre entente, il est hors de question que ce mâle en ce premier matin succombe à nos projectiles. Je lui fais signe de ne pas tirer. Je débute immédiatement une séance d'appel. Presque aussitôt, une femelle se montre le bout du nez dans le chemin à environ 400 pieds. Je tente d'approcher le mâle histoire de s'amuser un peu mais celui-ci nous a vus avant que je n'effectue un appel, habillés d'un dossard orange debout à découvert dans le chemin. Il n'est pas dupe et préfère retourner dans le couvert forestier avant que je n'aie plus franchir plus de 60 pieds en sa direction dans le bûcher. Je me retourne et constate que Christian n'est plus là !?! Je retourne au chemin et l'aperçois à côté du camion. Il discute avec Claudia et lui affirme qu'il aurait aimé mieux le prélever et qu'il n'était pas réellement d'accord avec l'objectif visé par le groupe. Il mentionne entre autre qu'il est déjà revenu bredouille d'un voyage de chasse auparavant et que nous ne sommes pas à Matane ici. Rendu sur place, il me fait part de sa pensé. Je tente bien que mal de le persuader que nous tuerons plus gros que celui que l'on a vu, qu'il faut garder confiance et demeurer positif. L'on parcourt d'autre chemin du secteur et tout au long, il argumente son opinion. Je dois avouer, que dans ce secteur, les signes de présence de bêtes sont quasi absent et la plupart date d'une couple de semaine. Les deux-trois frottages que nous observons sont brunis par le temps, les traces sont absentes ou fossilisées. À chacun de ses arguments, je contre-attaque :
-C : J'aime ça manger de la viande de l'orignal, je ne chasse pas le panache.
-P : On va en tuer un plus gros et tu vas en avoir plus à manger de la viande.
-C : Le "call" ne marche pas pan toute, le Buck est partie plutôt que venir à nous.
-P : Le Buck nous a vu vêtue d'orange debout dans le chemin avant que l'on ait fait un appel. |
-C : Y a pas beaucoup de trace, de frottage etc.
-P : La bouffe est trop âgée ici, j'ai "spoté" un autre secteur qui a l'air super.
-C : On n'est pas à Matane ici, il y en a pas tant que ça.
-P : Il faut avoir confiance en nos moyens, tu verras, aies confiance.
-P : C'est comme la chasse au chevreuil, il faut laisser passer les petits pour en avoir un gros, sinon, tu n'auras jamais la chance d'en récolter un gros...
Plusieurs échanges ont perdurés tout au long du retour au véhicule et dans le camion pour se rendre à l'autre "spot". Évidemment, je tentais bien que mal de changer la direction de la discussion en émettant quelques blagues entre autre sur le nom bizarre d'un des lacs sur la zone : Le lac Pipette! Maintenant, je savais pertinemment que Christian risquerait de m'en vouloir si nous ne récoltions pas lors de ce voyage. J'avais la pression sur les épaules et je devrais faire tout en mon pouvoir pour que nous ayons du succès et pour éviter que nous ne ramenions un jeune mâle égale ou plus petit à celui que nous avions gracié.
Rendu au secteur ciblé, nous avons stationné le camion à une fourche. Deux chemins distincts et devenant parallèle se présentaient devant nous. Claudia, un peu mal à l'aise par la situation, suggéra que nous prenions chacun notre chemin plutôt que de rester ensemble. Je répondi que ça ne me dérangeait pas. Pendant que je sortais mon stock, Christian avait déjà progressé de plus d'une centaine de pieds dans la fourche qu'il avait choisie. Mon dilemme n'en était plus un, je pris donc l'autre fourche. Avant de partir du véhicule, je demande à Claudia si elle voulait venir et par le fait même filmer. Elle me répondit qu'il ne pleuvait pas dans le camion.
En marche lente, j'observais tout autour de moi pour analyser les signes, les essences des arbres, l'habitat etc. En même temps, je lançais des appels de femelle. Comme il ventait un peu sur cette petite montagne, mes appels étaient forts. Après un temps, je vis que la densité des traces qui jonchaient le sol augmentait. Toujours dans la même stratégie, je lançais des appels en progressant dans le chemin forestier. Soudain, à droite de moi, c'est à dire entre Christian et moi, j'entends la réponse sourde d'un mâle dominant. Était-ce bien ça ? Quelques secondes s'écoulent et une autre réponse se fait retentir. Je continue la femelle que je suis et analyse rapidement mes options. Le vent n'est pas pour moi. Si j'avance rapidement dans le chemin sur une couple de cent pieds, j'aurai le vent en ma faveur. C'est ce que je fit promptement. Il répond sourdement de façon continue et se dirige vraisemblablement vers moi.
Première option : Je l'attends ici au chemin, il avance et répond à tous mes appels et parfois même avant que je n'aie eu le temps d'en faire un autre. Quelques instants plus tard, il répond toujours mais ne semble plus avancer.
Deuxième option : Ce n'est pas une question de minutes mais de secondes, pas le temps de le laisser se questionner! Je re-vérifie encore une fois la force de mon télescope pour m'assurer qu'il est au plus bas et j'entre dans le bûcher, la repousse présente est plus haute que moi alors je vois à peine à quelques mètres. Je me dirige vers sa voix mais la densité du bûcher pourrait me compromettre en résonnant des sons involontaires. Immédiatement, je prends la décision de faire un mâle et de laisser glisser ma palette sur les repousses ce qui camouflera de beaucoup mes déplacements. Alternant femelle et mâle, comme un vieux couple, J'arrive à un endroit ou la vue est splendide ! Une dénivellation du terrain m'offre une vue exceptionnelle sur le bûcher. Un seul problème sur cette petite falaise d'environ 20 pieds de haut. Je ne peux pas m'approcher au bord. Il y a une grosse pierre devant moi qui fait la dimension d'une voiture et qui m'arrive à la taille. De chaque côté de celle-ci, la végétation est opaque. Je continue mes sons de mâle et frotte ardemment de jeune pousse d'arbre avec ma palette. Le mâle répond et répond et je riposte en me disant qu'il devrait apparaître bientôt dans mon champ de vision. Je ne le vois pas, il devrait pourtant être devant mes yeux. Je décide de monter à genou sur la roche pour me positionner. En embarquant sur la roche, (le fond de culotte de pluie aux genoux, c'est super facile), je vois du coin de l'oeil la cime de petits arbres secouer! Je m'avance un peu sur la roche pour mieux voir et !!!!!!! Il est tout juste là, au pied de la falaise à moins de 45 pieds !!!!! L'angle causée par la roche ne me permettait pas de voir si près du pied de la falaise. Je le mets en joue, les critères de sélections seront assurément respectés. BANG ! Il sursaute sur quelques pieds pour et s'arrête. BANG ! Il titube et ne franchie que quelques pas avant de s'écrouler au sol. Non sans difficulté, je descends vers lui, je grimpe sur une autre roche tout juste à côté de lui et mets un terme à ses mouvements de pattes battant le ciel.
Merci à mon équipe et bien que le texte ne le démontre pas, je comprends très bien ce que Christian ressentait et le fondement de ses craintes. Le voyage n'a pas subit de dommage collatéral, ni aucune chicane ou bisbille et Christian est un excellent partenaire de chasse comme on en rencontre rarement.
Sans contredit, à la chasse, mon allié numéro 1 est : "la confiance en soi et ses moyens"
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